Entrevue: Pierre Caron

28 août 2015

Entrevues

Pierre Caron fait figure de pionnier au Québec comme compétiteur de tir à l’arme de poing ainsi que dans l’organisation des compétitions dans cette discipline. J’ai rencontré Pierre la veille d’une compétition à Québec et nous avons pris le temps de discuter longuement. Voici un résumé des multiples questions que je lui ai posées.

 

 

BBC: Depuis combien d’années fais-tu du tir?
PC: Depuis mon adolescence. J’ai acheté ma première carabine à 16 ans et ma mère n’était vraiment pas d’accord. Mais comme j’étais un petit gars sérieux… elle a fini par accepter. C’était une carabine calibre .22 à un coup et payée $29.95 à la Maison d’armes à feu de Québec. Je pratiquais le tir sur la ferme de mon oncle. À 18 ans, j’ai acheté mon premier fusil de calibre 12 pour la chasse au canard et nous allions chasser près de rivière Ouelle. Lors d’une chasse fructueuse un matin de novembre, je suis tombé sur un garde de chasse complètement ivre qui en théorie, devait s’assurer de la sécurité avant tout, mais comme il avait de la difficulté à prendre soin de lui-même; je vous laisse deviner la suite. Et c’est là avec le temps, que j’ai constaté bien malgré moi que pour plusieurs; les armes et la boisson vont de pair. Alors j’ai décidé de mettre fin à ma carrière de chasseur et j’ai vendu mes deux fusils. Ensuite je me suis inscrit dans un vrai club de tir en bonne et due forme afin de pratiquer le tir au pistolet de façon sécuritaire, tout en étant très bien encadré.

 

BBC: Mais d’où vient cette passion?
PC: D’où me vient cette passion? Je ne sais pas vraiment. Dans une autre vie peut-être! À l’âge de 9 ans, j’avais comme plusieurs des pistolets à suces et des révolvers à pétards (en rouleaux) qui permettait le tir à répétition. Mais je suis le seul dans la famille qui s’intéresse aux armes. Alors il n’y a personne dans la famille qui a une attirance pour les armes à feu sauf un cousin qui chasse et qui demeure au lac St-Jean.
J’ai par la suite fait l’achat de répliques, revolvers et d’armes à plombs, etc…
C’est en 1976 que je suis entré au club de tir Castors à Québec et que j’ai acheté mon premier revolver, un Smith & Wesson modèle 19 de calibre 357 magnum. Mais le coût de munitions m’a un peu ralenti. Alors j’ai acheté un modèle 41 Smith & Wesson de calibre 22. Une arme utilisée pour le tir UIT la seule discipline qui se pratiquait à l’époque. J’ai beaucoup tiré au club jusqu’en 1984 ou j’ai découvert le tir IPSC.

 

BBC: Où as-tu entendu parler d’IPSC pour la première fois?
PC: C’est un gars du club qui avait apparemment tiré des matchs IPSC aux États-Unis. J’ai vu une vidéo démonstration de compétitions d’IPSC aux USA et c’est là que je me suis dit : c’est ça que je veux faire. Mais il fallait tirer avec un étui. Et c’est là que nous avons eu des problèmes avec les clubs à cause de cette nouvelle discipline, car c’était nouveau et mal connu. Et le tir à l’étui faisait peur. Tout le monde voulait essayer ça et comme il n’y avait pas de normes de sécurité et de techniques qui s’enseignaient à cette époque; nous avons eu à travailler fort afin de développer cette nouvelle discipline qui est devenue l’une des plus sécuritaires au monde.

 

BBC: Depuis combien de temps fais-tu de la compétition?
PC: Depuis fin 1984, j’avais été invité (en tant que civil) à une compétition de tir PPC à la SQ de Québec. J’avais remporté une 3e place et c’était ma première médaille à vie! C’était aussi pour moi le début du « feeling » de la compétition. J’ai tiré de l’IPSC et du PPC pendant environ 10 ans. Mais depuis ce temps je tire seulement de l’IPSC au Québec, au Canada et même aux États-Unis.

 

 

BBC: Quelles armes utilises-tu?
PC: J’ai suivi mon cours de Black Badge en 1985 à Québec avec un revolver 357 magnum. En 1989 j’ai acheté mon premier Beretta 92F 9mm. Un an plus tard, j’ai posé un fitting afin d’utiliser une mire optique qui commençait à arriver sur le marché c’était la nouvelle mode. J’avais aussi un deuxième Beretta 92F en backup et j’ai utilisé ces 2 armes jusqu’en 2008. Alors je me suis payé un cadeau de retraite en achetant un STI 38 super avec full équipements et je regrette de ne pas l’avoir acheté avant. C’est toute une différence quand vous passez de 12 livres sur la détente à 2.5 livres et en simple action svp.

 

BBC: Dans quelle division tires-tu?
PC: Je tire dans la division Open. En 1990, les divisions sont apparues et je tire en Open depuis ce temps.

 

BBC: Pourquoi la division Open?
PC: Parce qu’il n’y a aucune restriction sur les modifications de l’arme et les équipements. Et aussi avec l’âge, la vue diminue et tirer rapidement avec des mires ouvertes est de plus en plus difficile et ça ralentit le tir aussi. Lorsqu’on est à l’aise avec les mires optiques, cela permet d’avoir toujours une vision claire des cibles en toutes circonstances.

 

BBC: Pourquoi le sport de tir pratique ? (IPSC)
PC: À cause de la sécurité qui est le critère numéro un de cette discipline. En plus, tous les tireurs qui veulent pratiquer cette discipline doivent obligatoirement suivre une formation de 2 jours qui porte sur tous les aspects du tir rapide; aussi bien en tir statique qu’en déplacement, dans toutes sortes de positions et le tout avec un maximum de sécurité. C’est un sport fascinant, les installations des stages sont différentes à chaque match. La perfection est quasi impossible, car il n’y a jamais de stages semblables d’une compétition à l’autre. Aussi l’entraide entre tous les tireurs. C’est ça qui est remarquable. Les meilleurs n’hésitent jamais à conseiller les nouveaux afin qu’ils s’améliorent et deviennent meilleurs à leur tour. Ce qui n’est pas toujours le cas de certaines autres disciplines. Il y a aussi le côté amical et social du tir IPSC que j’adore.

 

 

BBC: Parle-moi de ton entraînement pour l’IPSC.
PC: Il n’y a pas de secret comme tel. Pratique, pratique et encore pratique. Tir à sec, changement de chargeurs, dégainer, tirer sur des cibles éloignées, etc.
Les instructeurs du cours de Black Badge enseignent la bonne façon de faire et la plus sécuritaire, ensuite le reste ne dépend que de vous. Pour ma part, les pratiques à balles réelles se font au club à raison d’un soir par semaine. Et un peu plus souvent avant les grosses compétitions.
Les champions peuvent facilement tirer plus de 1500 balles par semaine. Si vous voulez tirer pour gagner; vous devrez en faire autant. À vous de choisir…

 

BBC: Quelle est ta préparation pour un match?
PC: M’assurer que mon arme est propre et fonctionnelle, vérifier mes chargeurs. Les munitions doivent être parfaites. N’hésitez pas à utiliser une gauge de calibre pour vos munitions. Je pratique le tir à main-forte et main-faible et sur des cibles éloignées dans la semaine avant un match.
Pour un match niveau II ou III, avoir une bonne concentration lors des « walk true » (explications des stages), pratiquer mentalement votre séquence de tir en attendant votre tour. Pour les nouveaux tireurs, regardez les tireurs d’expérience, leurs déplacements, leurs rechargements, etc. Mais n’essayez surtout pas de les imiter en essayant d’être plus rapide qu’eux. Ils ont de l’expérience et des années de compétitions devant eux. Et dites-vous que eux aussi étaient lents à leurs débuts.

 

BBC: Qu’est-ce ta famille ou tes amis pensent d’IPSC?
PC: Quand j’ai connu mon épouse, au début des années 80 je ne faisais pas de compétitions. Elle n’aimait une arme dans ses mains, mais sans rien brusquer j’ai initié lentement mon épouse à la pratique sécuritaire en lui faisant essayer de petits calibres et en augmentant avec de plus gros, mais à sa demande seulement. C’est comme ça que l’on doit à mon avis initier les personnes qui n’aiment pas les armes. Il ne faut surtout pas leur faire peur, mais plutôt leur démontrer que lorsque bien enseigné et bien manipulé, la pratique du tir peut devenir un sport très passionnant. Et avec le temps et de la patience, mon épouse a fini par apprivoiser sa peur des armes et ensuite le sport lui-même et c’est même elle qui m’a poussé à poursuivre la compétition à mes débuts en IPSC.
Vu le stress de la compétition, elle n’a jamais voulu en faire. Mais depuis plusieurs années, elle a suivi tous les cours de formations afin de se procurer des armes de poing. Nous sommes membres au même club et elle pratique le tir avec une précision remarquable et sans stress. Elle dit elle-même que cela la relaxe car, pour bien tirer il faut de la concentration et tu dois oublier le reste. C’est son choix et je le respecte. Elle s’est beaucoup impliquée pendant plusieurs années dans les championnats provinciaux IPSC et m’a accompagnée dans quelques championnats canadiens.
Pour ce qui est de mes amis et collègues de travail, ils ne m’ont jamais reproché de faire ce sport et j’ai toujours eu des photos de guns à mon bureau… Et je travaillais dans le domaine de l’éducation. Le secret c’est toujours la façon dont on présente la chose.

 

 

BBC: D’autres passe-temps/passion?
PC: Je suis un sportif depuis mon enfance. J’ai joué à la balle molle dans des grosses ligues pendant 43 ans et j’ai arrêté il y a 2 ans, suite à une blessure au genou. J’ai 64 ans et j’ai encore le goût du sport. Je pratique aussi le badminton compétition 2 fois semaine et je fais aussi du vélo avec ma conjointe depuis toujours.
J’ai été photographe de presse durant une dizaine d’années. Je suis amateur de bière et de vin, et de bon lunch bien sûr. J’ai aussi d’autres intérêts comme l’aviation, les monstres mécaniques, etc. Je suis aussi depuis ma retraite, directeur technique d’une troupe de théâtre pour aînés et nous nous produisons partout dans la province. Cela me garde jeune de cœur…

 

BBC: Conseils pour futurs tireurs
PC: Ne pas partir en peur. Si vous faites de la compétition, ne vous attendez pas à devenir champion rapidement. Avant d’acheter une arme, n’hésitez pas à demander des conseils à ceux qui en font depuis longtemps. Jasez avec les membres des clubs et visitez les expositions d’armes et des sites internet (FQT).
N’achetez pas d’armes sur un coup de tête, demandez et essayez avant d’acheter. Renseignez-vous sur le prix des munitions, des chargeurs supplémentaires et faites attention aux « deals » avec des armes usagées.
Mais la chose la plus importante dans ce sport reste la sécurité. Tous les clubs ont d’excellents instructeurs et officiels de tir. Ils sont bien formés et consciencieux et ils se feront un plaisir de vous assister en tout temps.
Mais comme je dis toujours: avant toute chose, amusez-vous en étant sécuritaire et ainsi, vous apprécierez longtemps le sport de tir.

 

Je remercie Pierre pour son temps et cette entrevue. Si vous le croisez dans un centre de tir ou une compétition, ne manquez pas de le saluer et de lui faire un petit brin de « jasette » et vous allez voir que si vous lui parlez d’IPSC, ses yeux s’illuminent encore comme un petit garçon à qui ont montré un pistolet pour la première fois.

 

Raynald Robitaille

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